John Zorn

John Zorn

John Zorn

Origine : USA
Territoire : france
Disponibilité : sur demande

C'est bien le talent de Zorn, quels que soient les moyens qu'il emploie pour y parvenir, de nous projeter chaque fois dans un univers sonore nouveau et presque tout le temps déconcertant.


Biographie

A 54 ans, John Zorn règne sur le jazz avant-gardiste et multiplie depuis quelques années les enregistrements, solo ou en groupes, les productions, les compositions, les projets sur un rythme qui ne permet plus au suiveur amateur de l'accompagner. Rien qu'en 2007 et avec ce From Silence to Sorcery, le pape du déconstructivisme a dû livrer 4 ou 5 disques qui auraient tous mérité un petit mot et qui, l'un chassant l'autre, ont rendu tout commentaire superflu. Bizarremment et alors qu'il aurait sans doute mieux valu parler du beau Astronome (2006) ou des Six Litanies for Heliogabalus (2007), c'est avec From Silence to Sorcery qu'on se remet à parler de Zorn.

Pour ceux qui n'auraient pas suivi les épisodes précédents, Zorn est un multi-instrumentiste (saxophoniste de prédilection) qui s'est attaqué dans sa longue carrière à à peu près tous les genres musicaux. Les seuls points de convergence dans son oeuvre sont à chercher autour de la notion de déconstruction qui lui permet de varier les travaux (jazz, punk, rock, compo de films) et les formes (voix qui tuent, orchestres qui pleurent, guitares saturées, objets en tous genres), sa fascination pour l'occulte (option kabbale) mais aussi une forte imprégnation juive (Zorn est le fondateur du label Tzadik records et son seul vrai directeur artistique). Au milieu de tout cela, trônent des projets comme Masada, cycle d'interprétation de la culture juive qui reste indépassable sur le plan musical, ou la série horrifique (pour les oreilles) des Painkiller, où l'avant-garde touche au supplice génial. From Silence to Sorcery consiste en une introduction en demie-teinte à l'univers incroyablement riche et varié mais peut consituer une porte d'entrée comme une autre vers une découverte plus approfondie de Zorn. Le disque qu'on peut découper en 3 sous-ensembles est entièrement dédié à l'occulte et plus spécialement à la kabbale qui semble obséder les productions solo de Zorn depuis 3 ans, et après l'album Magick notamment. Le premier ensemble appelé "Goetia" (numéroté de I à VIII) est une sorte de caisse de résonnance interprétée au violon solo pour des ensorcellements, des sorts et des formules magiques qui ne viendront pas. On entend sur ces séquences de quelques secondes à quelques minutes, la mise en place d'une ambiance lugubre, entre le vieux film d'horreur et les couloirs sordides traversés par des créatures mi-comiques, mi-effrayantes. Le rythme s'accélère de temps à autre ("Goetia III"), se fait plus solennel parfois ("Goetia IV") comme si une messe noire allait bientôt être célébrée. Rappelons, pour mémoire, que le violon est l'instrument du Diable par excellence et celui dont le cri de cordes est le plus susceptible de faire rappliquer le Malin. Les pièces restent assez en deça de ce qu'a l'habitude de servir Zorn mais ont le mérite d'amener rapidement aux deux plats de résistance que constituent les séquences suivantes. "Gris-Gris", inspirée (d'après ce qu'on peut en comprendre) par le vaudou africain ou d'Haïti, le chamanisme coréen et une scène du Port de l'Angoisse d'Howard Hawks, est une superbe composition interprétée uniquement par des percussions, soit une légion d'une douzaine de tambours. De longs passages quasi-silencieux viennent perturber l'organisation du morceau et créer une atmosphère à la fois envoûtante, confortable et inquiétante. Là encore, "Gris-Gris" est à inscrire dans la veine morne et expérimentale de Zorn et ne donne pas une juste image de son extrême dynamisme habituel. Le dernier ensemble, "Shibbolethis" est plus classique (clavecin, cordes et percussions) et rend hommage, sur fond de Shoah (récurrente chez Zorn) à la poésie de Paul Celan. Il faut évidemment pas mal d'imagination pour filer les liens entre Celan et ce qu'on écoute, mais l'influence biblico-poétique est opérante et suffit à nous projeter dans un Ailleurs qui est visé par ce nouvel opus.

C'est bien le talent de Zorn, quels que soient les moyens qu'il emploie pour y parvenir, de nous projeter chaque fois dans un univers sonore nouveau et presque tout le temps déconcertant. Si From Silence to Sorcery n'est (et de loin) pas son travail le plus intéressant, il constitue un jalon supplémentaire dans une oeuvre cohérente, qui vise à établir des liens logiques entre ce qui s'écrit (textes, musiques) et ce qui s'entend. Zorn, en bon kabbaliste, donne à entendre une totalité qui s'adresse à tous les sens et qui, de fait, ne peut pas s'apprécier comme de la seule musique

Video

John Zorn's Bar Kokhba
Dim lights

electric masada
Dim lights

acoustic masada
Dim lights

 

Projets

 

 

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